vendredi 19 novembre 2021
Stèle en bronze de Christophe Plantin
dimanche 16 mai 2021
La mère et l'enfant
Une magnifique vidéo qui continu de faire vivre ces instant sacrés qui sont ceux de la création. Merci à Stéphane de m'avoir accompagné ce matin là. Merci également à la ville de Langeais d'avoir mis à disposition ce lieu magique, tellement propice à trouver une belle inspiration.
Vous auriez pu suivre la naissance de cette œuvre alors que je la taillais dans l'église Saint Laurent à Langeais? Vous auriez pu également la contempler ensuite sur la tombe de la jeune mère défunte à Sommières? Mais nous avons finalement convenu avec mon client que la sculpture serait mieux à reposer dans son jardin.
Je me souviendrai toujours des mots de la jeune enfant la première fois qu'elle s'est approchée de la statue. Elle posa sa main timidement sur la pierre et dit tout bas " bonjour Maman".
Depuis la fenêtre, elle continu de veiller sur ses enfants et son mari. Je leur souhaite douceur et paix de l'âme.
Je croyais avoir sculpté de la pierre... Je m'étais trompé: cette sculpture est tendre comme la cire, celle qui soigne les blessures de la vie.
dimanche 29 mars 2020
Une prière dans la pierre
| Un nouveau visage pour la Vierge. |
| La précédente tête telle qu'elle se présentait avant la dépose |
Je venais de tailler une nouvelle statue du petit berger Maximin, alors aidé de mon collègue Jean Marchand qui sculptais la bergère Mélanie quand la mairie de Chauffailles me demanda s’il serait possible également de changer la tête. Une nouvelle souscription serait lancée. J’en étais ravi! réaliser le portrait de cette Vierge est toujours une œuvre d’importance. J’entends par là que non seulement l’expression de Marie devait conjuguer avec grâce peine et beauté, mais qu’en plus de cela je n’aurait su y parvenir sans me laisser intiment emporté par le projet.
| Mélanie avec son auteur Jean Marchand à droite |
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| Le berger Maximin, sculpté par moi-même |
Ce ne fut pas sans rencontrer des obstacles. La pierre d’abord, une pierre calcaire dite de « Tervoux » ne fut pas d’assez bonne qualité, j’ai dû en recommander une autre, plus homogène cette fois. Vint ensuite que l’accès à l’oratoire fut coupé par des travaux forestiers. Puis arriva un virus lui aussi « couronné » parait-il. Le risque de confinement se faisait sentir et il devenait urgent de poser la nouvelle tête ! C’est le jeudi 12 mars que nous y sommes finalement parvenus... Juste à temps!
Ce jours là, le public est venu remercier tous les acteurs de ce beau projet. J’ai d'abord expliqué que j'avais bien sûr souhaité conservé toute l'iconographie traditionnelle de la Vierge de la Salette - à savoir sa couronne de roses, ses rayons et sa larme bien sûr. Je ne mettais permis que d'interpréter l'expression vibrante de sa très délicate tristesse. J'ajoutais ensuite que je n'avais pu redonner un visage à la Vierge sans y mettre une intention particulière et quand on me demanda combien de temps cela m'avait pris, je répondis que je n'en savais absolument rien... Je n'aurais pas su compter puisque je l'avais sculpté non avec ma raison mais avec mon cœur.
Mon cœur justement, il en resté une toute petite parcelle dans la pierre. C'est parce que mon ouvrage est allé directement de ma main vers le cœur, sans s'arrêter par la tête que j’ai appris depuis pourquoi on rend la pierre si vivante.
Une sculpture, c'est une prière dans la pierre.
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| Une coupe bien nette avant de percer le logement des goujons |
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| Fixation à la résine type "scellement chimique". Un gros goujon en fibre de verre assurera le lien vers la tête. Un autre plus petit évitera toute rotation de la pierre. |
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| Un échafaudage et trois paires de bras n'auront pas été de trop vu la hauteur du monument et le poids de la nouvelle tête |
| Après la pose de la tête, j'ajuste légèrement les plis du col. |
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| Les bergers peuvent à nouveau contempler la Vierge et celle-ci veiller sur la ville en contre bas de la montagne |
mercredi 20 novembre 2019
Chirurgie artistique
S'il est opération de chirurgie très délicate, c'est bien de reprendre le travail qu'un collègue n'aura pas pu finir.
Quand mon client m'avait présenté la sculpture de Lakmé, j'ai failli décliner sa demande de bien vouloir la terminer. C'est qu'il ne s'agissait pas seulement d'achever quelques éléments et d'en modifier quelques autres... Il fallait vraiment tout reprendre. J'ai bien sûr demandé à recommencer à partir d'un nouveau bloc, mais on m'a expliqué que ce ne serait pas possible, ce que je peux comprendre vu l'investissement de la pierre et du temps déjà consacré à la dégrossir. Au cours de l'histoire de l'art, bien d'autres sculpteurs ce seront retrouvés dans ce cas de figure plutôt embarrassant, où l'on doit à la fois suppléer aux difficultés d'un collègue tout en conciliant les attentes bien légitimes d'un client.
Le cadre bucolique face à un château à l'élégance classique et l'étang duquel s'envolait hérons et aigrettes aura finalement eu raison de mes réticences. Je remercie en pensée mon collègue pour avoir fourni le très éprouvant travail de la mise en place des volumes et je prend le rôle du sculpteur "praticien", celui qui fini les sculptures après l'intervention du "metteur au point", comme c'était l'usage dans les grands ateliers de sculpture autrefois.
Nous convenons donc que je reviendrai dès l'automne avec tout l'outillage nécessaire pour sculpter cette pierre calcaire ferme, de 2,5 mètres de hauteur. Je ne cache pas qu'il devrait y avoir une greffe ou deux qu'une patine légère dissimulera ensuite harmonieusement. Comme disent les chirurgiens quand cela ne se présente pas forcément bien, j'ai dit que "je ferai au mieux"...
C'est à la tête que je me suis confronté dès le début; non seulement parce que je choisissais de travailler de haut en bas pour descendre l’échafaudage et les gravats au fur et à mesure mais surtout pour m'approprier tout de suite le sujet. Ce serait infiniment plus encourageant de travailler ensuite sous le regard bienveillant d'un visage agréable. Bonne nouvelle: la tête d'origine était à la bonne taille, elle respectait le canon de Lysippe. Par contre, le visage est trop massif, avec un front plat et des pommettes trop saillantes... caractères récurrents de ceux qui conçoivent le visage de face, à plat, au lieu d'en saisir les volumes.
Pour le gros collier, pardon mais je n'ai eu aucune pitié. Le cou et les épaules d'une femme me paraissent toujours plus plaisant que le décorum qu'elle peuvent arborer parfois. Je sabre donc les bijoux sans remords!
Quant au drapé, c'était une tout autre "paire de manches", si j'ose dire! Tout d'abord, les manches laissées par mon prédécesseur alourdissaient énormément la silhouette. Que dire aussi des plis de la robe tombant entre les jambes? Ils étaient trop peu vraisemblables. Il me fallait revisiter la garde robe de Lakmé... et c'est une peinture flamande du XVII ème siècle qui m'a apporté la solution: des manches resserrées et un corset qui permettrait de justifier de la poitrine qui avait été placée trop haut. En plus de tout cela, la tenue sera parfaitement contemporaine du château!
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| La Joueuse de luth, par Cornelis Bega, 1664 |
Dans tout cela, j'en ai complètement oublié de faire une ébauche, voire même quelques dessins. Nul négligence de ma part en réalité car je préférais laisser mes pensées aller avec les hérons et les aigrettes... Seule la petite voix - l'intuition - est bonne inspiratrice!
Je vous laisse maintenant circuler à 360 ° autour de la statue, comme si vous étiez dans le parc du château. Ces photos comparant la silhouette ébauchée "avant" avec l’œuvre "après" soulignent d'après moi la magie de la taille de la pierre... Alors que l'on croirait cet art enfermé dans la rigueur de la technique et de la matière ont s'émerveille de constater qu'une sculpture peut toujours trouver une seconde vie.
A noter aussi que j'ai choisi de retirer la sandale qui avait été prévue à l'origine par mon prédécesseur. Un pied est toujours plus évocateur que des bandes de cuirs entrelacées. Ce pied nu donne concours également à donner de la force au sujet: cette femme semble d'autant plus forte qu'elle est bien ancrée sur la roche.
Le drapé ne saurait être un décor plaqué sur la masse présumé d'un vêtement. Les plis et le corps s'épousent pour se mettre en valeur mutuellement. Alors seulement la composition devient souple et pleine de vie.
Il est important de donner à voir, la sculpture est un art visuel. Les détails anatomiques sont de premières importances car ils permettent car ils permettent d'en comprendre le mouvement et par conséquent d'en ressentir l'émotion.
Varier les textures satisfait ensuite la curiosité de l’œil. Les plis serrés du corset et du chemisier font d'autant plus apprécier le fait que ceux de la robe soient étirés et plaqués par le vent. Tout en bas, la roche à également pour effet de renforcer la finesse des étoffes.
Mais plus encore, il fond jouer avec les ombres. Une sculpture qui n'est pas incisée de "noirs" marqués parait plus massive et manque de légèreté.
Une difficulté avec les drapés c'est que l'on néglige souvent le corps en dessous... Sur la photo de gauche on devine le volume initialement prévu pour le pied droit. Il se trouve juste au dessus du "e" de "before". Compte tenu que l'autre pied était posé bien en avant, on pouvait se poser la question comment Lakmé ne serait pas tombée en arrière?
Pour ne pas se tromper, on retiendra que la ligne de gravité d'un corps debout passe par les oreilles et les hanches, mais sans oublier les pieds.
On remarquera l'importance des "noirs", ces creux profonds qui prennent les ombres. C'est grâce à eux que les yeux sont aussi expressifs. Je ne remercie jamais assez mon apprentissage de l'ornementation pour m'avoir appris à donner de la "lisibilité" aux sculptures.
lundi 23 septembre 2019
7 jours pour voir la Vierge
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Si on ne pouvait deviner la position du bassin, des épaules et des jambes, les plis les réalistes, voire les plus élégant n'offriront jamais plus à la statue de ressembler à un sac... Il ne faut pas si méprendre: suggérer le corps n'est pas de l'érotisme, c'est rechercher la vérité qui va donner vie à l'oeuvre |
Cas rare où les cheveux de la Vierge ne sont pas cachés, même pas ceint d'une couronne. Un choix iconographique qui m'a ravi. Sculpter une telle chevelure est toujours un vrai plaisir!
| Le 7 ème jour |





























